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Rosier François Juranville |
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Rosier François Juranville |
Ils sont deux que le chantier de maçonnerie malmènent, deux que j’ose à peine photographier depuis deux ans tant leur environnement est horrible ! Le mur sur lequel ils seront enfin palissés, est en voie d’achèvement, du moins, je veux y croire.
François Juranville est un rosier bien plus ancien, créé par Barbier en 1906, que Malvern Hills, un Austin de 2000 mais ils se marient très souvent et s’aiment d’amour tendre, c’est évident.
L’un remonte, l’autre pas ou peu, quelques boutons nacrés et chiffonnés pour poser une touche de blush sur les pommettes crèmeuses de Malvern qui s’ouvre bouton d’or, s’éclaire peu à peu de jaune pâle mêlé de crème pour finir presque blanc, ombré de rose pour plaire à François bien sûr ! D'ailleurs parfois, je ne sais plus qui est l'un, qui est l'autre.
J’adore ces deux rosiers entre le grimpant et le liane, tiges arquées et un peu rigides pour Malvern Hills, longues et graciles presque inernes pour François Juranville.
Pour les sauver des projections de ciments et de crépi, nous avons réalisé deux petits portiques grillagés en épi par rapport au mur ; pour l’instant, ils étaient ligaturés à la diable sur le figuier sur tige et faisaient grise mine.
Mais débourraient quand même furieusement, alors je me suis décidée, l’entreprise me paraissaient ardue et le sera sans doute un peu plus pour Malvern aujourd’hui, mais qui sait ?
Hier soir, très tard, quand entre chats et chauve-souris , la nuit descend peu à peu, j’ai profité du calme et du silence pour installer François sur son nouveau support.
S’en est suivi un drôle de ballet, une envolée précautionneuse de longues branches souples et pourprées que j’ai dénouées d’abord avec précaution, puis affranchies de leurs semblables toutes emmêlées. Chacune fut posée sur le sol, sur le mur en construction, sur le figuier, jusque sur mon épaule ou mon avant-bras, avec moult précautions.
Tout en tournant autour du futur support, en démêlant la longue chevelure, trois à quatre mètres parfois pour certaines tiges, je parlais à mon rosier, l’assurant que ces risquées manipulations n’étaient que sollicitude et tendresse.
Aucune branche cassée ni même blessée, aucune estafilade non plus, pourtant je travaille toujours sur mes rosiers à mains nues. J’ai pris mon temps et du plaisir aussi à cette tâche qui aurait pu paraître ingrate et le rosier et moi en avons récolté tous les fruits.
Le soleil matinal l’a trouvé taillé légèrement, affranchi de son peu de bois mort, le plus joliment possible palissé très à l’horizontal sur son petit portique, qu’il recouvre déjà de ses jeunes feuilles rouges.
Le soleil matinal l’a trouvé taillé légèrement, affranchi de son peu de bois mort, le plus joliment possible palissé très à l’horizontal sur son petit portique, qu’il recouvre déjà de ses jeunes feuilles rouges.
La sève s’en trouvera ralentie et l’aidera à m’offrir sa généreuse et émouvante floraison, je lui fais toute confiance pour m’offrir un tendre printemps !
Mais, j’ai dès hier soir été remerciée au-delà de mes espérances, à peine la dernière tige glissée entre les mailles du grillage, j’ai deviné incrédule, un chant inespéré dans les branches des grands chênes du fond du terrain.
Il était déjà là, à peine revenu, il le faisait savoir à tout le peuple ailé du jardin et de sa colline attitrée.
Je l’espère dès début avril mais cette année, il est en avance, le rossignol nous a donné sérénade jusqu’à nuit complète.
Moment parfait, sensations subtiles et délicieuses, les mélodies jamais identiques, si nettes, si pures dans l’air immobile, la nuit qui avance, le jardin qui respire, la terre qui renvoie la tiédeur de ces premiers jours de printemps…
Un chat pelotonné sur le mur, l’autre frôlant mes chevilles, la silhouette à contre- jour des arbres que nous avons planté, ma vie est là dans le pourpre d’une feuille de rosier et sa promesse de beauté.
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"Rosier Malvern Hills" |
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"Rosier Malvern Hills" |