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Jeune feuillage du hêtre pourpre 'Rohan Weeping' |
Mai est fini...je ne l'ai pas vu passer le joli mois de mai si pluvieux cette année! Il a commencé dans une explosion de jeunes feuillages et c'est terminé en même temps que la première floraison de la plupart de mes rosiers...je n'ai eu le temps de rien partager de cette émouvante aventure!
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Tenue printanière du Ginkgo biloba |
Pire, ce soir, j'ai une écharde...sous la peau...c'est le manche de mon fidèle râteau qui m'a trahie!
et une autre plus profonde que l'amendement de mon projet de jardin m'enfonce plus loin au fur à mesure que je le réduis. Que personne ne s'y trompe, ce n'est pas la panique, je ne suis pas effondrée, un peu déçue peut-être mais surtout excessivement surprise: j'ai été bien trop ambitieuse! La carcasse est comme le râteau, elle s'effiloche, s'effrite peu à peu, s'est usée sans que je n'y prenne garde. Voilà pourquoi je suis si silencieuse depuis quelques mois, j'ai jeté mes dernières forces dans la bataille et n'ai guère le temps d'en parler; tout juste celui de le vivre. Je me sens un peu comme une marathonienne qui entre dans le stade, il reste un tour à faire, je ne suis plus si lucide que ça et pas de public pour me soutenir. Même si j'ai de l'aide conséquente et régulière au jardin, je suis un jardinier solitaire et seuls les loriots, gourmands de fraises m'encouragent!
Je vais mettre genou en terre, cela est sûr , toute la question est de savoir quand et où je vais le faire: Vais-je m'écrouler à quelques mètres de la ligne d'arrivée où arriverai-je à tituber jusque là et à m' asseoir sonnée, juste derrière!
Ceux qui me connaissent bien savent que j'ai beaucoup d'humour et la métaphore féroce!
Rien ne va si mal, les choses avancent au jardin, mais de plus en plus lentement.
Je viens de prendre la décision non pas d'abandonner mon projet mais de l'arrêter juste là où j'ai réussi à le mener ce printemps. Aucun autre chantier ne sera créé, aucun autre massif ne verra le jour, je vais essayer de finir ce que j'ai commencé, d'aboutir ce jardin tant rêvé, de l'entretenir, de le fignoler.
Déjà, ce sera difficile, plus tard il me faudra la sagesse de le laisser aller à sa fantaisie, tout en lui ménageant une évolution agréable à regarder, tolérable à vivre au jour le jour.
Mon fidèle râteau, dont je vais devoir changer ce manche qui me blesse, m'a suivi dans trois jardins successifs pendant plus de trente ans, depuis que je suis tombée en amour de ces végétaux très variés, de l'arbre à la fleurette, qui me comblent et illuminent ma vie.
Pour mener à bien le projet que j'avais envisagé à La Rose Verte, il aurait fallu que j'y arrive avec un râteau neuf où même peut-être sans râteau du tout, mais avec ...25 ans de moins!
Heureusement ambition chez moi rime avec raison , je ne me mettrais pas en danger, cela nuirait au jardin, je dois rester suffisamment en forme pour prendre soin de lui. Simplement, il va falloir que je réfléchisse bien, que je discerne les priorités, que je trie l'illusoire du réalisable avec beaucoup de lucidité, de vigilance et de prudence.
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Printemps à contre jour du Toona sinensis 'Flamingo' |
Tous les végétaux du jardin , ceux-là même que j'ai tant de mal à gérer ces derniers mois, n'y sont pas arrivés par hasard et de nul part. Il est temps je crois de remercier ceux et celles qui m'ont permis par leur travail acharné, leur conscience professionnelle et ce grand courage qui caractérise tous les pépiniéristes
d'acquérir mes compagnons végétaux dont je suis si proche.
Ce sera l'objet de mon prochain billet.
Je repars au jardin pour ranger la brouette, fermer l'eau, rassembler tout cet attirail que transporte le jardinier partout où il va , remiser aussi, avec précaution, mon vieux râteau.