arbustes du jardin de La Rose Verte

mardi 9 août 2011

A comme Alpha



L’Alpha, est-ce qu’un jardin a réellement un commencement qui soit daté ?

A comme Aspre, puisque ce terrain n’est guère qu’une part de l’Aspre, ces collines qui vont de la plaine du Roussillon jusqu’au pied du Canigou. Il s’adosse à l’une d’entre elle,  au pied des chênes pubescents qui l’on toujours bordé, mais à l’extérieur malheureusement, depuis plus d’un siècle.

A comme arrachage d’une parcelle de vigne cultivée pendant au moins trois générations.
Dans les années 80,  un tracteur, une chaîne et les ceps extirpés qui brûleront dans la cheminée toute neuve, l’arrachage finira à la tombée du jour dans la lueur des phares. Très souvent les travaux du jardin seront faits à la hâte, dans l’urgence, entre deux autres activités pressantes. Le premier jardinier, le créateur du jardin, reste un attrapeur de temps, par un bout d’aile, par une longe traînante, par quelques minutes qui vont s’effilochant inexorablement.
Est-ce que le temps s’écoule plus vite lorsqu’on le vit si intensément ?

A comme aride, une fois la vigne disparue, le vert jaunâtre que l’on distingue sur la première photo n’est que du chiendent. Indestructible, Il ne sera jamais que tenu en laisse courte comme maintenant ou au bout des premières années de mise en végétation mais était redevenu le maître incontesté du jardin quand le deuxième jardinier est arrivé avec vingt ans de retard !

A comme abandon, le jardin s’est affranchi durant une dizaine d’années de tout contrôle hormis celui de la sécheresse et du désherbant aux environs de la maison, de la lutte d’arrière -garde contre un énorme roncier.










A comme abri de jardin, (sur la photo ci dessus,en 2006), à quelques années de la mise en végétation de ce qui restera quelques temps un jardin de rapport  avec verger et potager, se situe la construction de l’abri de jardin.
Reflet de la maison, cave, grenier, et remise pour le motoculteur, sa remorque, la débrousailleuse, les outils en tout genre, la bétonnière, les planches, les échafaudages, les piquets, les rouleaux de grillages et tant d’autres choses. Actuellement, il évolue lentement vers une sorte de serre, juste maintenue hors gel.

A comme ambition, celui qui, les pieds sur le timon, les mains accrochées aux longerons du motoculteur, tracte des remorques et des remorques, de terre, de fumier, de chaux agricole, a beaucoup d’ambition et le prouve jour après jour.

A comme acharnement, c’est contre vents et soleil, qu’il va d’abord carrément tenter de redresser l’assiette de son terrain. En effet, la colline vient juste doucement y mourir, la pente est bien nette et double, de haut en bas et de droite à gauche sur cette sorte de trapèze dont la plus grande base serait la route sur laquelle il donne.

A comme abrupt, le talus qui est devenu une parcelle à part entière du jardin, était beaucoup trop abrupt pour qu’au pied du grand mimosa, puisse pousser quoi que ce soit, sans trop souffrir.
Le premier jardinier qui l’avait édifié en déplaçant carrément la terre du jardin chargée pelle à pelle dans sa remorque,  regarda son adoucissement partiel , au coup d’œil et râteau à la main durant des après-midi entières, par le deuxième jardinier…avec bien des réserves, des discussions et des atermoiements.

A comme ajustements, lorsque je suis arrivée dans ce grand jardin sauvage qui m’a plu dès le premier coup d’œil, les changements qui ne pouvaient qu’arriver ne se sont pas faits sans heurts et difficultés. Cela m’est très compréhensible, il y avait là, vingt ans d’existence partagée entre un homme et son terrain, dont j’étais exclue.

A comme absence justement, celle que je regretterai toujours, ces vingt ans où un jardinier , en outre, très occupé et passionné par son métier, ne pouvait en aucun cas, arriver à tenir seul un si grand jardin.  












A comme arbres, le nerf de la guerre, la clef de tout, les arbres, maîtres de l’ombre ; Dans un jardin comme le nôtre, on ne peut rien faire sans eux. Un arbre met du temps pour grandir, il lui faut dans le cas des plus rapides, au moins dix ans pour jouer son rôle et acquérir sa structure, sa silhouette. Il lui en faudra dix autres, pour acquérir sa maturité.
En même temps qu’il modifiait les pentes du terrain, le conducteur du motoculteur a aussi tracé les grandes lignes de son potager, planté un grand verger d’une bonne dizaine d’arbres et n’a pas pour autant renoncé aux arbres d’ornements.
Aux alentours de la maison et tout au fond du jardin qu’il a rehaussé en terrasse, il implante quelques grands feuillus, un orme doré, un tilleul, un acacia frisia dont la vitesse de pousse le laissera pantois.
D’autres arbres seront ajoutés au fil de la générosité des uns et des autres ; certains s’inviteront seuls, par semis spontané et pour faire bonne mesure, l’obstiné jardinier plantera une très longue haie de cyprès de l’Arizona sur deux des quatre côté du terrain…si longue et large qu’elle se distingue du plus haut du village sur la colline et permet de repérer, au premier coup d’œil, le jardin.
Et cela perdurera jusqu’à très récemment mais ceci est une autre histoire, que je vous conterai aussi.
A l’époque, loin, très loin des collines de L’Aspre, un de mes rêves de citadine, demeurait de planter un arbre, au moins un !

A comme arrivée, la mienne, en l’an 2000 environ : je me fis précédée comme cadeau incontournable, d’un arbre, un très jeune scion de poirier d’ornement Chanticleer, que le premier jardinier planta avec soin et ferveur, qui est magnifique à présent et nous enchante en toute saison du haut de ses plus de quatre mètres .
Ensuite, le premier arbre planté conjointement fut le faux-poivrier, dans la cour d’accueil qui s’ouvre largement sur la route, j’avais réalisé mon rêve et planté un arbre. Mais ce n’était que le premier et dans mon fauteuil tout à l’heure, j’ai commencé à dénombrer, nous avons planté…sans compter les fruitiers, plus d’une trentaine d’arbres en dix ans.
Le Sophora pendula japonica sur la toute jeune pelouse, aura huit ans en octobre et vient de nous offrir sa première et improbable floraison en août 2011.
Le dernier, peut-être, est un frêne,  il y a juste deux mois que nous l’avons planté.
Et l’ombre est là mais…


A comme âge, l’âge est en train de rattraper les deux jardiniers, qui doutent parfois et s’essoufflent dans leurs poitrines et dans leurs têtes même s’ils ont su se donner de l’aide.

A comme attendre, il vous faudra attendre, pour savoir tous les secrets de la création de ce jardin que nous adorons et avec lequel, nous vivons en intime complicité.
Ainsi dans l’ombre portée du chêne rouge,  dans la parraguère, derrière l’abri de jardin, chacun de nous à son tour ou tous deux ensemble, nous allons surveiller les boutons de l’Hibiscus moscheutos ‘Sweet Caroline’ ; c’est que nous avons planté bien d’autres végétaux que des arbres…il y a tant à vous montrer.


5 commentaires:

  1. Vraiment plaisant à lire ce billet qui retrace la vie de ce jardin !
    J'oserai dire A comme Amour des plantes et de la nature , c'est ce qui ressort de cette histoire à 2 ou 4 mains et un résultat fort réussi à mon avis . Chaises ou banc en arrière du Sophora me semblent fort accueillants pour apprécier le fruit du labeur dans ce beau jardin que je trouve surprenant de verdure dans ta région au climat si peu coopérant parfois !

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  2. Merci de ton commentaire, j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire aussi ce billet, j'ai à coeur de rendre hommage à l'énorme travail qu'a été le commencement du jardin! Si le vert, qui me surprend encore moi-même est enfin là, c'est à force d'obstination et de chance aussi, l'année est exceptionnellement pluvieuse. C'est vrai que depuis quelques mois seulement, je prends le temps de m'asseoir sur ces fauteuils de jardin qui sont là pourtant depuis 10 ans ou presque. Je mets en place une sorte de jardin zen face à eux.

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  3. j'ai toujours autant plaisir a te lire
    je pense que ton jardin te rend bien le travail
    que tu y a fourni avec les autres!!!!! bravo

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  4. Merci de ton passage sur mon blog.

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  5. magnifique récit, ou l'on sent bien la passion jaillir de toi, travail immense sur cette terre, qui je suis sûre un jour, te rendra la beauté de la nature que tu aura su planter, implanter, placer ? P comme patience.
    Avec mes amitiés.

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